Écouter l'ambiance de Requiem
 

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 Caitlin Millar

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Lycan bionique

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Caitlin Millar
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MessageSujet: Caitlin Millar   Dim 20 Sep - 20:39

Salutation, lecteurs !
Parce que oui, il va surtout s'agir d'écriture, ici. Principalement parce que je suis mauvaise dans tout le reste, mais aussi parce que j'adore écrire ! Wouhou ! Comment ? Vous vous en doutiez ? Je serais pas sur ce forum sinon ? Pas faux...

Bref, place à l'écriture ! J'espère que vous aimerez ce que vous lirez !
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Lycan bionique

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Caitlin Millar
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MessageSujet: Re: Caitlin Millar   Dim 20 Sep - 20:42

Et j'inaugure ce sujet avec une nouvelle (un peu longue, elle sera découpée sur plusieurs sujets. Rassurez-vous, ils seront tous postés en une fois !). Elle n'a pas de titre, parce que je n'en ai pas trouvé qui me convienne, mais si vous avez des idées je suis toute ouïe !

Citation :
Pendant des jours j'ai marché. La faim me tiraillait, la soif me rongeait, et la douleur empirait à chaque pas, mais je ne pouvais m'arrêter. Sans réserves, sans amis pour me soutenir, je n'avais que des haillons pour ménager mon orgueil et l'espoir de trouver quelque chose, n'importe quoi, avant de ne plus avoir de forces. Le jour je poursuivais ma route, m'orientant grâce à la lumière du soleil qui perçait à travers un ciel gris refusant de faire tomber de la pluie, et la nuit je m'allongeais et dormais. Il n'y avait pas d'abri, mais rien dont je pouvais vouloir me protéger non plus. Seulement la faim, la douleur et la soif, plus fortes chaque matin. Les deux premiers jours je marchais au hasard, laissant dans le sable blanc des traces de pas qu'aucun vent ne venait effacer. L'horizon était gris, couvert des même nuages qui encombraient le ciel, sans aucun repère pour me guider. Mon bras me faisait de plus en plus mal, la plaie mal refermée ayant depuis longtemps arrêté de rougir mes bandages déjà trop sales. Le troisième jour, alors que j’allais abandonner et me laisser mourir, une vision au loin me redonna l'espoir qui me manquait. Ce n'était pas grand-chose, rien qu'une forme noire à peine esquissée. Mais après deux jours seule, cette ombre était comme la promesse d'une libération, le symbole que je n'avais pas souffert en vain. Rassemblant ce qu'il me restait de force je repris ma route, encore.

Vers la moitié du troisième jour la marche devint difficile. Mon corps était de plus en plus lourd, chaque pas semblait plus lent que le précédent. Plusieurs fois je perdis l'équilibre, m'effondrant dans la poussière qui couvrait ce monde infini. La fièvre me gagna, cognant l'intérieur de mon crâne et agitant tout mon corps de frissons. Ma bouche était si sèche que je n'arrivais plus à parler, réalisant alors à quel point le son de ma propre voix m'avait aidée à tenir. Plus de mots d'encouragements, de promesses réconfortantes, rien. Juste des râles rauques et le murmure d'un vent qui ne soufflait pourtant pas. Seule la forme noire au loin me donnait encore la force d'avancer, comme un phare illuminant mon désespoir. Quand le soir vint, juste avant qu'elle disparaisse dans les ténèbres de la nuit, je me fis la remarque qu'elle était un peu plus grande qu'au matin, un peu plus proche. Je dormis difficilement cette nuit-là, plus encore que les précédentes, et quand la lumière revint je n'était pas reposée. Me lever fut un effort arrassant, tant par manque d'énergie que de volonté. Je ne voulais que dormir, m'abandonner à de douces rêveries pour fuir mon calvaire. Et pourtant je finis par me redresser, chancelant sur mes jambes, et par reprendre ma route. Pour contenir mes frissons je serrais mon bras intact contre mon ventre, l'autre ayant cessé de bouger pendant la nuit. Malgré ça je n'avais pas fait cinq pas qu'un soubresaut me déséquilibra et me fit tomber, encore. Le soleil n'était pas haut dans le ciel que déjà ma vue se brouillait, effaçant d'abord la silhouette qui avait jusqu’alors guidé mes pas, puis mes traces derrière moi, jusqu'à ce que je ne puisse plus rien discerner. Alors je m'effondrais une fois de plus, incapable cette fois de me redresser. Même respirer me devint pénible, chaque expiration brûlant ma gorge. Enfin ma conscience s'effaça peu à peu jusqu'à ce qu'il n'en reste rien.

Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé avant que je me réveille, je sais seulement que le soleil disparaissait paresseusement à l'horizon. Il me fallut quelques secondes pour pleinement revenir à moi, me souvenir d'où j'étais et de ce que je faisais là. Prenant appui sur mon bras indemne, je me relevais et repris ma marche. Ce ne fut qu'après quelques pas que je réalisais que la fièvre avait reflué et que ma vue était redevenue claire. Cette nuit-là je ne dormais pas, et pourtant pas un instant je ne sentis la fatigue. A la place je profitais de l'obscurité pour réfléchir, repenser à ces derniers jours et à la façon dont j'avais atterri ici, où que ça puisse être. Dès que la lumière revint je repris ma route, la forme au loin toujours plus proche. Les murmures du vent se firent de plus en plus forts, de plus en plus insistants, alors que pas une poussière ne volait. Par chance ma gorge me faisait moins souffrir, et je pus recommencer à parler pour masquer le bruit. Le lendemain même mon ventre me faisais moins souffrir, comme si la faim se faisait moins présente, alors qu'une fois encore le sommeil avait refusé de me gagner. Seule la douleur dans mon bras semblait ne pas vouloir s’apaiser, plus forte que jamais au contraire. Pourtant quand le soir vint j'arrivais à nouveau à le plier, au prix d'une grimace causée par les échardes de douleur que l'effort envoyait de mes doigts jusqu'à mon épaule. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, et dans le fond je m'en fichais. Seul comptait la silhouette noire, mon dernier espoir et désormais ma seule obsession.

Plus le temps passait et plus elle était proche. Ce qui n'était au début qu'une tâche, une ombre que j'aurais pu prendre pour un mirage, apparaissait désormais comme une ville. Une cité antique entourée de hauts murs noirs derrières lesquels dépassaient des paliers successifs, comme une immense pyramide dont chaque étage aurait pu accueillir une armée entière. Je crus y voir du mouvement à plusieurs occasions, mais sans savoir s'il s'agissait d'habitants ou juste de mon imagination me jouant des tours. Je voulais croire qu'il y avait vraiment quelqu'un, là-bas, qui m’accueillerait et me protégerait, mais plus j'avançais et plus j'avais peur que tout ne soit que le fruit de mon esprit rendu fou par la solitude et le désespoir. Car, alors que je commençais à discerner les murs de la ville et à comprendre ce dont il s'agissait réellement, je réalisais aussi que les murmures du vent étaient devenus plus insistants, plus précis. Si nets en réalité qu'ils en étaient compréhensibles, comme la complainte d'un millier d'âmes qui répéteraient les même mots, encore et encore. Ayez pitié. Ouvrez les portes. Je ne veux pas mourir. Ces suppliques reflétaient mes pensées à tel point que j'étais persuadée qu'elle n'étaient rien de plus, que le vent était aussi vide de sens qu'auparavant et que moi seule lui prêtais les mots que je n’osais prononcer. Mais alors que les jours passaient, et que j'approchais du pied du mur, les murmures changèrent, passant de la supplique à la rage. Insultes, provocations, toutes destinées à des gens dont je ne savais rien. Certaines dans des langues que je ne connaissais pas, oubliées depuis des âges et des âges. Je finis par me convaincre que les voix étaient réelles, même si je ne comprenais ni d'où elles venaient ni comment je pouvais les entendre. Seule m'importait la cité noire et ses murs imposants, comme la promesse d'un foyer où me reposer et m'abriter.

Alors que j'arrivais au pied du mur, je pus enfin l'observer de plus près. Je n’avais jamais rien vu de semblable. Haut comme une dizaine d'hommes, il était tout entier fait d'une pierre noire luisante qui me rappelait l'obsidienne. Bien qu'ancienne, sans doute au-delà de ce qu'il m'était possible d'imaginer, la roche était encore parfaitement lisse, seulement parcourue de petites stries que mes doigts ne sentaient même pas quand je promenais mes mains sur la paroi sombre. Le plus surprenant cependant était l'absence totale de la moindre jointure, comme si la muraille dans son intégralité n'était faite que d'un seul bloc surgissant de la poussière. J'avais vu en arrivant qu'une porte s'ouvrait dans l'enceinte de la ville à quelque distance de là, mais avant d'y aller je voulais marquer une pause. La faim et la soif avaient complètement disparus, mais mon bras n'était qu'un abîme de douleur. M'asseyant à l'ombre de la cité, je relevais ma manche et défis mon bandage, lentement pour ne pas risque de le déchirer. Quand finalement je découvris la plaie, je ne pus retenir un hoquet de dégoût. Au lieu de se refermer, la blessure avait dégénéré. La peau virait au gris et se détachait par lambeaux entiers, les muscles à vif se décomposaient et tombaient en poussière, à tel point que l'os apparaissait entre les tendons et les restes de chair. Étonnamment, il ne restait plus la moindre trace de sang, qu'il soit frais ou séché. Un bras aussi meurtri n'aurait pas du pouvoir bouger, pourtant le mien se pliait comme s'il était intact. Prise de panique, je réprimais difficilement un hurlement et me forçais à reprendre mon calme. Puis, pour ne pas avoir à revoir l'horreur qu'était devenu mon propre bras, je remis le bandage en place. Enfin, je me résolus à rejoindre la porte.

J'avais déjà pu apercevoir les lourds battants en m'approchant de la cité, mais je les découvrais désormais dans toute leur immensité. Aussi hauts que le reste du rempart, et chacun plus large qu'une charrette, ils étaient d'autant plus impressionnants qu'ils étaient faits de la même pierre noire sans âge que le reste de la cité. Hors de portée de mes mains, deux battants gigantesques faits dans un métal étrange, rongés par la rouille et usés par le temps, semblaient être la seule poignée qui m'aurait permis d'entrer. Ne pouvant les atteindre, j'essayais malgré tout de pousser la porte. Celle-ci ne frémit même pas, et l'espace d'un instant je me demandais si elle n'était pas simplement gravée dans la roche, un leurre destiné à tromper ceux ne connaissant pas le véritable chemin. Mais avant que je ne me laisse aller au désespoir, un grondement s'éleva des entrailles du mur et monta jusqu'à moi, si fort qu'il éclipsa les murmures et même ma propre voix. Alors les battants furent agités d'un soubresaut et commencèrent à s'ouvrir vers l'intérieur de la ville dans un mouvement lent exsudant la force et la lourdeur. Je vins me placer face à l'ouverture, attendant avec joie et soulagement de découvrir ce qui m'attendait derrière la protection de ce portail de pierre. Mais la première chose que je vis fut la pointe d'une lance orientée vers ma poitrine, bien vite suivie par une dizaine d'autre alors qu'une troupe de ce qui semblait être des guerriers m'encerclait complètement. Je voulus reculer, fuir, mais ils étaient déjà derrière moi, prêts à attaquer et se débarrasser de moi en un instant. Cependant, avant qu'ils n'en aient eu le temps, une voix s'éleva depuis l'intérieur de la ville.

- Attendez !

Les lanciers, déjà immobiles, tournèrent leur regard vers celui qui avait parlé. Il s'agissait d'un homme, vêtu d'une lourde robe pourpre, au visage fin orné d'une barbe fournie. Je remarquais que, malgré son allure princière et l'autorité dont il semblait insufflé, il était très jeune, sans doute autant que moi. D'un geste il écarta les guerriers, se frayant un chemin jusqu'à moi, et vint se placer à mes côtés.

- Celle-ci est vivante, mes frères ! Baissez vos armes et retournez à vos postes dans l'allégresse, car une nouvelle sœur vient de nous rejoindre !

Puis, sans laisser aux autres le soin de protester, il m'attira à l'intérieur. Derrière l'arche s'étendait une vaste place au centre de laquelle trônait une étrange statue faite dans le même métal que les poignées de la porte  et tout aussi abîmée car ses traits étaient désormais impossibles à déchiffrer. Elle était encadrée de bâtiments semblables à des chaumière, à ceci près qu'ils avaient des toits plats et qu'ils étaient deux fois plus hauts que la maison ou j'avais grandie. Elles étaient faites de cette même pierre noire, tout comme le sol, bien que celui-ci soit recouvert d'une fine épaisseur de poussière blanche dans laquelle étaient tracées d’innombrables empreintes de pas. De l'autre côté de la place, abritées sous une arcade, deux femmes étaient installées à une table et discutaient en mangeant. Même si je n'avais pas faim, la vision me rappela que je n'avais rien avalé depuis plusieurs jours et j'avalais ma salive. Voyant ça, l'homme rit et me prit par le bras, me guidant jusqu'à elles.

- Vous devez être affamée après votre marche dans le désert ! Regardez comme vous êtes maigre, et comme vos traits sont tirés ! Un peu plus et il aurait été trop tard pour vous aussi !

Comme nous approchions, les femmes nous remarquèrent et se tournèrent vers nous. La plus proche était la plus âgée, quelques rides commençaient déjà à se former sur son visage dur. A ses côtés, la deuxième semblait bien jeune, à peine entrée dans l'âge adulte. Toutes deux portaient des mises semblables à celle de l'homme, bien que moins richement brodées. Elles se levèrent à notre arrivée et s'inclinèrent, même si je soupçonnais leur saluts de n'être destinés qu'à mon guide. Celui-ci me fit asseoir puis d'un signe, il ordonna à l’aînée de le suivre, me laissant aux mains de la cadette après avoir murmuré quelques mots à son oreille. Du coin de l’œil je vis les guerriers se répandre le long du mur, laissant les portes se refermer sans que quiconque ne les actionnent. L'un d'eux marqua une pause et se tourna vers moi, mais il était trop loin pour que je puisse déchiffrer son expression. Puis il se désintéressa et rejoignit ses camarades. Pendant ce temps là, mon hôtesse semblait ravie de s'occuper de moi. Elle m'installa à la table, plaçant devant moi un plat en argile blanche dans lequel trônait une pièce de viande grillée, encore légèrement saignante, ainsi qu'un verre empli d'un vin rouge épais. Elle me donna ensuite un couteau en os, seul couvert dont je dus me contenter pour attaquer mon repas. Même si la faim avait cessé de me tourmenter, sentir la nourriture et la boisson glisser dans ma gorge manqua de me faire pleurer. Enfin j’étais sauvée, je n'étais plus seule, et je n'avais plus à errer dans ce désert sans fin.
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Lycan bionique

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Caitlin Millar
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MessageSujet: Re: Caitlin Millar   Dim 20 Sep - 20:45

Seconde partie de la nouvelle ! J'en profite pour une dédicace à Daniel, à qui j'avais promis de la poster, et à Lux sans qui elle serait beaucoup moins agréable à lire #.^'

Citation :
Alors que seul le bruit de mastication emplissait l'air, je remarquais que nulle voix ne s'élevait à l'intérieur de la cité sinon l'écho lointain de conversations animées. Les murmures qui emplissaient la plaine étaient muets ici. Je profitais alors du calme pour entamer la conversation avec ma gardienne. J'appris qu'elle s'appelait Nessa, et qu'elle était prêtresse. Quand je demandais à en savoir plus sur leur religion, elle sembla surprise que j'ignore ce dont il s'agissait mais ne me refusa pas ses explications. Leur culte, de ce que j'en compris, tournait autour d'un dieu gardien qui protégerait la cité de ses ennemis mais aussi ses habitants de la faim ou de la soif. Demander le nom de leur dieu me valut un regard intrigué, car il semblait ne pas en porter. A quoi bon, me dit-elle, puisqu'il n'y a d'autre dieu que lui ? Je n'eus pas le cœur de lui parler des temples de ma patrie natale ni de la fin des dieux, et j'étais de toute façon trop occupée à manger pour cela. A la place je changeais de sujet, demandant où nous étions. Elle m'expliqua que le cercle extérieur de la cité était normalement la résidence des seuls guerriers, chargés de défendre les portes contre les intrus venus de la plaine, et qu'elle ou le prêtre Chirru n'avaient été là que par chance car leur devoir quotidien avait été retardé. Entre deux bouchées je rectifiais ma question, lui expliquant que je désirais avant tout savoir ou dans le monde se situait leur cité, le nom qu'elle portait, ou même celui du désert autour d'elle. Une fois encore elle parut surprise, et je compris rapidement que mes interrogations ne trouveraient aucune réponse car elle ignorait tout de ce qui pouvait exister par delà du sable. Leur ville était comme leur dieu, elle n'avait besoin de nom car elle ne pouvait être confondue avec une autre.

Acceptant peu à peu que ces questions ne me mèneraient à rien je demandais pourquoi, à mon arrivée, le prêtre avait affirmé que j'étais vivante et pourquoi les guerriers s'étaient tant méfiés de moi. Elle me fit signe de parler moins fort, jetant des regards inquiets de tous côtés, avant de me murmurer sa réponse. Selon elle, une antique malédiction dont nul ne connaissait l'origine interdisait à quiconque de mourir sur la plaine. Ceux qui y trouvaient la mort ne cessaient de vivre et devenaient des revenants, de plus en plus forts à mesure que leurs corps pourrissaient. Tous finissaient par ne plus être que des squelettes dont les os blancs tombaient et se mêlaient à la poussière du désert, et leurs âmes tourmentées rejoignaient les voix désincarnées qui murmuraient sans fin. Seul le dieu, ajouta-t-elle sur le ton de la conspiration, pouvait accorder le repos éternel en ces lieux. Je ne compris pas ce qu'elle voulait dire par là, mais préférais ne pas insister et la laissais poursuivre. Elle continua son explication en racontant comment, parfois, des hordes entières de revenants issus d'au-delà du désert tentaient de forcer les portes. Les restes de malheureux rendus fous qui s'étaient dévorés entre eux avant de succomber à la chaleur et tentaient d'apporter dans la cité la corruption d'une vie qui n'en était plus vraiment une. Comme elle enchaînait en décrivant leurs visages horribles à moitié décomposés et leurs chairs à vif d'où avait disparue toute trace de sang, je ne pus m'empêcher de frissonner et de serrer contre mon ventre mon bras blessé.

Une fois que j’eus finit mon repas, elle se leva de la table et me fit signe de la suivre. Nous marchâmes quelques temps dans des rues si large qu'une douzaine de chevaux auraient pu y marcher côte à côte, Nessa semblant parfaitement savoir ou elle allait, puis nous atteignirent finalement les marches d'un immense escalier. Celui-ci, m'expliqua la prêtresse, conduisait au deuxième cercle de la cité. Là résidaient le gros des habitants. Au delà s'élevait le troisième cercle, demeure des prêtres, puis enfin le cercle intérieur ou résidait leur dieu et ou nul n'avait le droit d'entrer. Comme je venais d'arriver, ma place serait dans le deuxième cercle ou de nombreuses maisons vides pourraient m'accueillir. Elle me guida alors jusqu’à une d'elles et me proposa d'y laisser mes affaires avant qu'elle me montre les endroits importants. Puis elle réalisa que je n'avais absolument rien et s'excusa, puis m'emporta à nouveau derrière elle. Elle me fit voir quelques échoppes ou les gens proposaient des poteries, des vêtements, des couvertures ou des meubles. Je ne pris vraiment conscience de l'état lamentable des haillons que je portais qu'à ce moment-là, mais elle ne me laissa pas le temps de m'en inquiéter et me traîna vers une nouvelle place, encore plus vaste que la précédente. Au centre trônait une table immense, assez longue pour accueillir une centaine de personnes. Elle m'expliqua que c'était à cet endroit que, chaque jour, les habitants se rassemblaient pour manger et boire les dons de leur dieu que les prêtres leur apportaient. N'ayant rien vu ressemblant à un champ ou un élevage, je demandais d'où venait la nourriture, et elle m'affirma une fois encore que leur dieu la leur apportait. Cette fois ce fut à moi de lui adresser un regard chargé d'incompréhension, et elle me proposa, plutôt que de m'expliquer, de me montrer directement. Pour ça, affirma-t-elle, je devrais être éveillée avant l'aurore quand elle viendrait me trouver. Je lui promis d'être prête, car je savais que cette nuit encore je ne pourrais dormir. Enfin, elle me reconduit dans la maison qui était désormais la mienne et me laissa, promettant de venir me chercher pour me montrer comment leur dieu les nourrissait.

Comme je m'y attendais, il me fut une fois encore impossible de dormir. J'avais fini par m'habituer à ma nouvelle condition, que je ne comprenais qu’aujourd’hui grâce aux explications de la prêtresse. Pas un instant elle ne s'était doutée qu'il était trop tard pour moi, pas plus que le prêtre qui m'avait sauvée des guerriers. Je finis par me dire qu'aussi longtemps que personne ne saurait, je serais à l'abri. Rester ici à jamais était exclu, et je savais qu'il me faudrait partir un jour, mais avant ça je voulais préparer le voyage du retour à travers le désert blanc sans fin. En premier lieu je voulais comprendre ce que j’étais devenue. Défaisant une fois encore mon bandage, j’examinais à nouveau ma blessure. Elle était comme je l'avais laissée au pied du mur, mais cette fois je pris sur moi et avalai ma salive avant de l'examiner plus avant. Ce qui n'était originellement qu'une plaie était devenu avec le temps un trou béant dans mon bras, la peau comme la chair ayant disparu pour laisser un espace, large comme mon poing, où seul l'os connectait encore mon coude à mon épaule. Sur les bords la peau grise laissait apparaître des lambeaux de muscles roses. Plus étrange encore, ceux-ci s'agitaient en réponse à mes gestes, comme s'ils étaient encore entier et en état de fonctionner. Retenant un haut-le-cœur, je portais un doigt à l'intérieur de la plaie et touchait la chair à vif, déclenchant un pic de douleur qui me fit sursauter. Une fois encore, pas la moindre trace de sang, comme si mon bras était désormais complètement sec. Ne sachant que penser, incapable de comprendre comment cela était même possible, je finis par remettre les bandes de tissus et m'allonger à même le sol.

C'est là que Nessa me trouva lorsque, comme promis, elle vint me chercher. La nuit était encore noire, le feu qui avait quelque temps brûlé dans mon âtre s'était depuis longtemps consumé, et seule la lumière de sa torche nous permit de ne pas nous perdre alors qu'elle m’entraînait vers le troisième cercle jusqu'à une immense grille usée dont je compris vite qu'elle menait au cœur de la cité et à leur dieu. Après quelques instants durant lesquels elle m'expliqua que seuls les religieux étaient supposés assister à la cérémonie, bien qu'elle n'ait jamais compris pourquoi, elle me fit à nouveau signe de me cacher. Tout de suite une tâche de lumière apparut entre deux maisons, grandissant jusqu'à devenir la flamme d'une torche tenue par un prêtre qui vint se placer face à la porte. Il fut rapidement rejoint par ses camarades, une dizaine en tout. Alors que je commençais à me demander si Nessa ne s'était pas moquée de moi, une silhouette apparut derrière la grille. Semblable à un homme, elle était vêtue d'une toge ample qui dissimulait tout son corps, même ses mains et ses pieds. Seule dépassait sa tête qui disparaissait entièrement dans un masque de métal imitant un ours. La forme particulière de la mâchoire me laissa penser qu'elle devait être articulée. Quand je demandais à la prêtresse de qui il s'agissait, elle expliqua que les masques d'ours étaient les émissaires de leur dieu, chargés d'apporter ses présents aux hommes ou d'entretenir la cité. L'émissaire disparut rapidement dans l'ombre, mais aucun des religieux ne parut s'en inquiéter. Je voulus demander à Nessa ce qui se passait, mais elle me fit taire d'un geste. Finalement, alors que j'allais perdre patience, l'émissaire revint. Cette fois il poussa la grille avant de se placer à côté de l'ouverture. Un second ours sortit de l'ombre et apporta un plateau d'argent couvert de viande, crue et dégoulinante de sang, qu'il tendit à un des prêtres. D'autres suivirent, apportant cette fois de larges amphores de fer, pleines et lourdes. Une fois leur fardeau déchargé ils se retournèrent et regagnèrent le cercle intérieur, refermant la grille derrière eux. Une fois seuls, les religieux emportèrent le tout dans un bâtiment voisin et Nessa me fit signe que nous pouvions sortir de notre abri.

- Maintenant, m'expliqua-t-elle, ils vont faire cuire la viande et distiller le vin. D'ici une heure, le repas sera prêt et tous les habitants de la ville se rassembleront sur la place pour y manger les dons de notre dieu. Ceux qui ne peuvent se déplacer, comme les gardes du cercle extérieur, recevront leur part sans avoir à quitter leur poste, bien sûr.

Elle me ramena ensuite chez moi pour que je puisses y attendre que le repas soit prêt. Sur le chemin je ne pus m'empêcher de poser des questions. D'où ils tiraient le tissu pour leurs vêtements, le bois pour leurs feux, la pierre pour leur meubles. Tout cela provenait également de leur dieu, bien sûr, mais une fois tous les dix jours seulement. Les ressources non périssables n'avaient pas à être données chaque jour. Je remarquais aussi en plusieurs endroits des grilles semblables à celles d'où étaient sortis les serviteurs du dieu. Une ou deux fois, je crus voir une ombre passer à toute vitesse derrière l'une d'entre elles. Sans doute Nessa se rendit-elle compte que ces grilles m'intriguaient car elle s'arrêta devant l'une d'elles. Elles menaient au cercle intérieur elles aussi, comme un réseau de souterrains parcourant toute la ville. Seuls les émissaires étaient autorisés à les emprunter, et grâce à elles ils pouvaient se déplacer partout sans se mêler aux habitants. De mon côté j'écoutais en hochant la tête. Plus j'en apprenais sur cet endroit et plus il me paraissait étrange. Elle finit néanmoins par me reconduire dans cette maison qui était désormais la mienne, avec la promesse qu'elle viendrait me chercher pour le repas. Le reste de la journée fut tout aussi surprenant. Après avoir mangé la même chose que la veille, et sans doute que tous les jours désormais, je pus m'intéresser de plus près aux échoppes entraperçues la veille. Les artisans travaillaient sans relâche, ne ménageant pas leur peine ; leurs marchandises étaient de très grande qualité, plus que j'aurais pu l'espérer avant d'arriver ici. Et pourtant aucun d'entre eux ne me demanda de les payer de quelque façon que ce soit. Ils ne comprirent même pas ce dont je voulais parler. Ce n'était pas la première étrangeté à laquelle j'étais confrontée, et j’abandonnais rapidement, prenant simplement ce qu'il me fallait en disant merci. De nouveaux vêtements, un lit, quelques meubles de rangement, du bois pour la cheminée. J’emportais aussi quelques pièces de tissus sans dire pourquoi. Certaines me servirent à remplacer mon bandage, d'autres à me confectionner un sac. Le transport des meubles fut plus facile que prévu, plusieurs locaux s'étant spontanément proposés pour m'aider. Avant que le soir tombe, ma maison était devenue bien plus agréable et l'espace d'un instant, j’envisageais même d'y rester à jamais. Puis je me souvins des affaires qu'il me restait à régler hors de ce désert d'os, et résolus une fois encore de préparer mon départ.
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MessageSujet: Re: Caitlin Millar   Dim 20 Sep - 20:47

Troisième partie !

Citation :
Les jours se suivirent, très semblables à celui ci mais encore plus semblables entre eux. Ma maison aménagée j'entrepris de faire le tour de la ville, découvrant toutes les boutiques et surtout répertoriant ce que je pourrais y trouver. Dans ma tête je dressais peu à peu la liste de tout ce qu'il me faudrait pour traverser le désert à nouveau. Un sac, des vêtements de rechange, d'autres choses qui pourraient servir comme une corde ou une couverture. Tout cela fut facile à trouver. Malheureusement, le plus important ne le fut pas. Afin de m'orienter j'espérais faire appel à une boussole à défaut de pouvoir compter sur le soleil ou les étoiles, mais personne ici ne savait même ce dont il s'agissait, ni ne comprenait pourquoi je pouvais vouloir un instrument servant à s'orienter. Je n'osais leur parler de mes projets, et abandonnais rapidement. Il me restait seulement à espérer qu'il n'y aurait pas plus de vent qu'à mon arrivée, et que mes traces de pas suffiraient à m'orienter. Un espoir un peu fou, mais je n'entrevoyais aucune autre solution. Mes pérégrinations dans la ville me permirent également d'en apprendre plus sur les habitants de la cité. Là où les artisans travaillaient sans relâche toute la journée, d'autres la passaient à jouer aux dés ou à se prélasser sous le ciel couvert, et pourtant personne ne s'en émouvait. Je voulus une fois de plus en comprendre la raison, sans plus de succès qu'à mon habitude. Pour eux, tout cela était leur norme, celle qu'ils avaient tous connus depuis des années. A plusieurs reprises Nessa insista pour que j'essaie, moi aussi, de participer à la vie de la cité, mais je n'étais douée pour aucune des tâches qu'elle me confia et certaines manquèrent de peu de virer en catastrophe. Mon incompétence ne parut cependant ni la vexer ni l'inquiéter, et j'appris d'elle qu'ici, travailler était un plaisir autant qu'un devoir. Un rôle réservé à ceux qui en étaient capables et qui désiraient le faire, auquel nul n'était tenu. Me refusant à lui parler de mon seul talent, qui me vaudrait assurément une position que je n'avais aucune envie d'occuper, je me contentais de ces journées vides toutes vouées à la préparation de mon départ. Un jour, je parvins même à trouver l'atelier où les gardes fabriquaient eux-même leurs armes, des lances courtes terminées par une pointe en pierre. Cette découverte fit naître une question dans mon esprit. Depuis mon arrivée ici, les seules traces de métal que j’avais découvertes étaient soit anciennes et mal entretenues, soit intimement liées aux masques d'ours qui arpentaient les sous-sols, se dissimulant derrière leurs grilles et ne sortant sous le ciel que pour apporter les bienfaits de leur dieu. La pièce portée par ces derniers était d'une grande finesse pourtant, et plusieurs fois je me cachais comme me l'avait montré Nessa pour pouvoir les observer encore. Je refusais de croire qu'ils n'étaient pas l’œuvre d'un humain comme moi, pourtant nul en ces murs ne connaissait les secrets de la forge, sans parler de l'absence totale de matière première. Une fois encore je fus tentée de repousser mon départ, cette énigme s'ajoutant aux précédentes et occupant de plus en plus mon esprit. Je finis même par me convaincre que là résidait peut-être la clé qui me permettrait de fuir et retrouver ce monde d'où je venais.

Il existait un moyen facile, évident même, de trouver les réponses à ces questions. Je le savais, mais je n'osais m'y résoudre, et à la place délayais encore mon départ, poussant mes préparatifs dans des directions inutiles. Je m’arrogeais un bloc de pierre offert par leur dieu et, investissant chaque nuit l'atelier d'un artisan gagné par le sommeil, je le taillais peu à peu. Je finis par en faire une lame rudimentaire, irrégulière et lourde mais longue comme mon bras et tranchante comme un éclat de silex. Il me fallut de nombreux jours pour en venir à bout, et je perdis beaucoup de temps à m’entraîner en sculptant colliers ou talismans sans signification avec les éclats perdus. J'obtins finalement une arme satisfaisante à défaut d'avoir la qualité des épées d'acier dont j'avais l'habitude. Je portais la dernière touche en façonnant la poignée, enroulant du tissus autour de la pierre jusqu'à rendre la prise agréable. Encore des journées perdues à ne rien faire. Mais un autre mystère attirait mon attention, bien plus simple celui-ci. A force de la voir tous les jours, et de ne parler presque qu'à elle, Nessa était devenue une amie. Et si elle était enjouée et souriante au début, je finis par remarquer une douleur de plus en plus forte, de plus en plus présente comme les jours passaient, à tel point qu'elle en effaça sa bonne humeur que je croyais jusque là éternelle. Incapable de le supporter plus avant, je finis par l'attirer à l'écart des rues empruntées par les locaux et la forcer à me parler. Alors que je lui demandais ce qui n'allait pas elle céda ; tomba dans mes bras et fondit en larmes. Bientôt, parvins-je à comprendre entre ses sanglots, sa mère allait mourir. Une révélation étrange, qui avait un sens particulier ici où la mort n'était pas une fin. Je ne dis rien des questions qui m'assaillaient, mais elle dut les comprendre car, une fois calmée par l'étreinte que je lui donnais, elle s'assit à même le sol pour m'expliquer. La mort pouvait transformer n'importe qui en monstre, un être abject cachant sa corruption aux yeux de tous. Afin d'éviter que cela n'arrive, lors qu’arrivait leur cinquantième année, les habitants s'offraient à leur dieu et fuyaient les vivants, s'enfonçant dans les entrailles de la ville et disparaissant à jamais. Elle ne put m'en dire plus, étouffée à nouveau par ses larmes, mais ce n'était pas nécessaire. Je m'assis à ses côtés et la pris dans mes bras, la serrant en murmurant des mots qui se voulaient rassurants à son oreille. Je lui promis que tout irait bien. Que je serais là pour elle. Et intérieurement je me maudis d'ainsi lui mentir.

Pendant les jours qui suivirent je mis de côté mes préparatifs, me rendant aussi disponible que possible pour elle. Bien sûr elle même avait peu de temps pour moi, préférant profiter de la présence de sa mère avant de devoir la quitter pour toujours, et elle ne venait me retrouver que pour pleurer entre mes bras. La voir ainsi me faisait mal, plus encore quand j’eus compris qu'il n'y avait rien que je puisses faire sinon la soutenir jusqu'à ce que tout soit fini, et encore après. Même quand vint le moment des adieux, que tous les habitants hormis les soldats se furent rassemblés à l'entrée du cercle intérieur pour accompagner sa mère dans son voyage vers la mort. Je la soutenais, serrant ses épaules pour l'empêcher de trembler alors qu'elle se tenait, au milieu de la foule des anonymes et que sa propre mère adressait un dernier mot à chacun d'entre eux. Alors qu'elle arrivait à notre niveau je reconnus la prêtresse qui, le jour de mon arrivée, était à la porte et avait été prise à part par le prêtre Chirru. Échappant à mon étreinte, Nessa se jeta dans ses bras en sanglotant des adieux incohérents que leur destinatrice sembla parfaitement comprendre puisqu'elle lui répondit par un sourire et quelques mots rassurants. Même si je ne l'avais jamais connue, ne lui avait même jamais parlé, je sentis ma gorge se serrer. Imaginer la douleur de mon amie m'était impossible, car j'avais depuis longtemps appris à ne pas regretter ceux qui étaient tombés, et pourtant j'avais l'impression d'en subir une partie avec elle. Si seulement mon empathie avait pu la soulager, j'aurais avec joie endossé tout son chagrin. Malheureusement les choses ne vont jamais ainsi et je ne pus que rester immobile quand, ne pouvant plus le supporter, Nessa s'échappa et se mit à courir dans les rues de la ville. Je voulus la poursuivre, mais sa mère m'arrêta en posant une main sur mon épaule. Avec le même sourire qu'elle venait d'adresser à sa fille, elle me demanda simplement de veiller sur elle avant de me libérer et de poursuivre ses adieux. Déchirée entre la curiosité et le devoir, je finis par tourner les talons et partir à la recherche de mon amie, non sans jeter un dernier coup d’œil en arrière juste à temps pour voir la grille s'ouvrir et deux masques d'ours en sortir.

Je la rattrapais assez vite alors qu'elle était sur le point d'entrer dans un grand bâtiment que j'avais déjà identifié comme étant le dortoir des prêtresses, là où elle retournait dormir chaque soir après m'avoir raccompagnée. Je la saisis au moment ou elle poussait la porte et l’immobilisais, la serrant contre moi assez fort pour qu'elle ne puisse se dégager. Elle m'ordonna de la lâcher, m'insulta même, mais je refusais de la laisser partir. Quand elle arrêta de se débattre, s'abandonnant complètement aux sanglots, je desserrais ma prise et lui passais une main dans les cheveux, caressant en suivant le rythme lent de ma respiration. J'entendais bien qu'elle parlait, ses larmes brouillant ses mots au point de les rendre incompréhensibles, et je gardais le silence pour la laisser faire. Peu à peu elle sembla se calmer, ses jambes la trahirent et je dus la retenir pour lui éviter de tomber. Finalement le chagrin laissa la place à la fatigue, et bien que le soleil illumine encore la ville je la ramenais à l'intérieur. Je l'installais sur le lit que je devinais être le sien aux bijoux posés sur la table de chevet voisine, parmi lesquels un des pendentif que j'avais taillés et qu'elle avait assez aimé pour que je le lui offre. Un instant après l'avoir allongée je la vis sombrer dans le sommeil. Elle portait encore sa robe, ses bottes, sa coiffe et tous ses bijoux. Je la libérais de tout ça, lentement, jusqu'à ne plus lui laisser que la chemise longue qu'elle portait seule sous ses habits de cérémonie. C'était la première fois que je la voyais ainsi, plus fragile que jamais et pourtant si sereine. Un instant je fus tentée de la rejoindre, m'allonger à son côté et tenir finalement ma promesse de ne jamais la quitter. Mais à la place je la glissais sous les draps et disparus par la porte sans faire un bruit. Dehors les habitants de la cité commençaient à nouveau à se répandre dans les rues, retournant à leurs occupations. Je les esquivais tous et retournais chez moi sans prononcer un mot.

Là, je me laissais choir sur le lit. Mon sac, posé à proximité et prêt pour le départ, me rappelait que je ne pouvais rester ici indéfiniment. J'avais déjà bien trop repoussé mon voyage loin de cette ville à laquelle je n'appartenais pas. La tentation d'attendre que Nessa soit remise de la mort de sa mère était forte, mais elle pourrait prendre du temps. Et après ça, je trouverais encore une raison de rester, juste un peu, jusqu'au prochain prétexte. Je ne pouvais plus attendre. Il fallait que je parte au plus vite. Et après réflexion je résolus de partir dès le lendemain matin. Je passerais la nuit à vérifier une dernière fois mon sac, puis dès l'aube je profiterais de la lumière du jour pour m'enfuir. Même si cela signifiait abandonner Nessa sans un au revoir. Ce fut d'ailleurs avec soulagement que je constatais son absence quand, le soir venu, je sortis pour le dernier repas de la journée. Je n'aurais pas su quoi lui dire. Après avoir mangé en silence, m'installant à l'écart du groupe pour ne parler à personne, je retournais une fois encore chez moi. Mes affaires étaient prêtes, mon programme décidé, ne me restait qu'à attendre que la nuit passe. Je commençais par faire le tour de la maison, mais il n'y restait rien que je ne souhaitais laisser sur place. Le plus important, le plus utile surtout, était déjà empaqueté. Même mon arme de pierre, qui serait d'un maigre réconfort si je devais avoir à la manier contre quelque adversaire que ce soit. Surtout dans ce désert où la mort n'était pas la fin. A cette pensée je frissonnais et portais la main à ma blessure. Je ne l'avais pas regardée une seule fois depuis des jours,  je n'avais pas même osé dérouler le bandage qui la recouvrait. Sous mes doigts je pouvais la sentir, un creux là où aurait du se trouver un muscle. Après une hésitation je remontais la manche, l'enroulant sous mon épaule jusqu'à révéler le tissu. Le dénouer fut étonnamment facile, et il tomba pour révéler la plaie. Je m'étais attendue à la découvrir pire qu'au premier jour, mais c'était l'inverse qui m'attendait. Non seulement la blessure était-elle parfaitement propre, mais elle me semblait même plus étroite qu'auparavant, presque comme si elle avait commencé à guérir. Je n'eus pas le temps de m'interroger sur la raison derrière cet heureuse découverte car une voix s'éleva à la porte.

- Je voulais te remercier pour tout à l'heure, si tu n'avais pas été là…

Je tournais la tête vers l'entrée alors que les mots se muaient en un glapissement. Trop absorbée, je n'avais pas entendu Nessa tirer le battant et entrer. Elle me fixait désormais, l'horreur inscrite sur son visage. Je me relevais et tendis une mains vers elle, un réflexe comme pour l'empêcher de fuir qui eut l'effet inverse et la fit reculer. Je lisais la peur dans ses yeux, comme une dague dans mon âme qui m'empêchait de faire ce qu'il faudrait. Puis elle détourna le regard, prête à fuir. Je ne pouvais la laisser partir. Sans prendre le temps d'y réfléchir j'attrapais le sac posé à mes pieds et le lançais de toutes mes forces. Un geste que je regrettais aussitôt comme il heurtait sa tête dans un craquement sourd. Elle poussa un cri, étouffé aussitôt qu'il quitta sa gorge, et s'effondra dans un bruit sourd. Je laissais échapper un gémissement et me ruais à son chevet pour la prendre dans mes bras. Sa blessure était superficielle, heureusement, mais elle avait suffit à la plonger dans l'inconscience. Elle ne tarderait cependant pas à se réveiller, et je ne pourrais alors l'empêcher de dire à tous ce qu'elle avait vu. Il me fallait empêcher ça, au moins jusqu'à mon départ. Glissant le sac sur mon épaule, je décidais de l'emporter au seul endroit ou personne ne viendrait la chercher, un endroit qu'elle pourrait quitter sans encombre après mon départ. Évitant les lumières des feux, fuyant les éclats de voix de ceux qui tardaient dans les rues, je pris mon amie dans les bras et fuis vers la grille la plus proche, résolue à m'abriter dans les souterrains interdits.

Pas un instant l'idée que les masques d'ours puissent s'y trouver ne m'effleura l'esprit avant que les barreaux de métal se profilent devant moi. Et quand elle me vint, il était trop tard pour reculer. D'un coup de pied j’enfonçais la grille et plongeais dans l'obscurité. Par chance personne ne s'y trouvait. Pas un bruit, pas une ombre quand je disparaissais dans les ténèbres avec le projet d'emmener Nessa si profond que nul ne pourrait nous voir ou nous entendre. Au contraire, alors que je m'avançais de plus en plus sans voir ou se posaient mes pieds, après avoir escaladé un escalier ou cent fois je crus manquer une marche avant de me rattraper, je saisis une lumière au loin dans les galeries. Comme Nessa ne bougeait pas, encore évanouie, je décidais de m'enfoncer toujours plus profondément pour voir ce dont il retournait. A ma grande surprise je découvris un brasero empli de charbon et brûlant d'un feu qui n'avait rien de divin. Je m'en approchais, voulant l'examiner, quand je saisis l'éclat d'une autre flamme au loin. Un second brasero, puis un troisième, et d'autres encore après eux qui formaient comme une ligne de lumière au plus profond de ces ténèbres insondable. Je les suivis jusqu'à arriver au croisement de deux tunnels, chacun éclairé par une flamme au loin. Je ne commençais qu'alors à réaliser que tous les souterrains devaient être ainsi éclairés, un réseau caché sous la cité entretenu par les masques d'ours et réservé à leur seul usage. La tentation de m'enfoncer vers le cœur de la ville, et vers le cercle intérieur où résidait le dieu, était forte, mais je ne voulais pas mettre mon amie en danger.
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Lycan bionique

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Caitlin Millar
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MessageSujet: Re: Caitlin Millar   Dim 20 Sep - 20:50

Quatrième partie !

Citation :
Le destin ne me laissa cependant pas le choix car je surpris un mouvement à ma gauche alors que deux silhouettes apparaissaient dans le halo du brasero. Je me dissimulai dans l'ombre, avisant une galerie proche plongée dans l'obscurité où je me repliais. Par chance aucun des masques d'ours ne sembla nous remarquer car ils n'accélérèrent le pas ni ne tournèrent leurs visage dans notre direction. Ils se dirigeaient cependant vers nous, et la plus grande discrétion était de mise. Ce fut malheureusement à ce moment que Nessa reprit ses esprits, bougeant mollement entre mes bras alors qu'elle s'éveillait. Pour éviter qu'elle crie ou ne s'agite, attirant l'attention des serviteurs divins, je plaquais une main sur sa bouche et enserrait ses bras de toute mes forces. Elle tenta de résister, de s'échapper, puis se figea soudainement quand elle vit les robes si caractéristiques des émissaires divins. Il me sembla qu'une éternité s'était écoulée quand ils disparurent finalement au loin, et je relâchais alors ma prise. J'avais la conviction qu'elle me haïrait, me maudirait, qu'elle m'attaquerait et fuirait hors des galeries à la première occasion. Et sans doute l'aurait-elle fait si un cri n'avait pas retenti au loin, dans la direction qu'avaient empruntés les êtres surnaturels, un hurlement sinistre où se mêlaient peur et douleur. S'il me glaça le sang il eut un effet fort différent sur mon amie, qui se dressa d'un bond et se mit à courir. M'élançant à sa suite, je l'entendis murmurer, et si je ne pus comprendre le mot j'en devinais le sens. La voix était celle de sa mère.

Je voulus la forcer à ralentir de peur qu'elle ne tombe entre les bras des maîtres de ce lieu où nous n'avions le droit d'être, mais elle refusa de m'écouter jusqu'à atteindre une pièce, large et bien éclairée, où elle décida enfin de s'immobiliser. La première chose que je fis fut de chercher les masques d'ours du regard pour pouvoir me préparer à les fuir, et j'en profitais pour inspecter les lieux. Nous étions en réalité sur un balcon, face à un muret qui seul nous séparait du vide. A notre gauche s'étirait un escalier qui descendait vers l'étage inférieur, une large salle sculptée dans la pierre noire et entièrement vide à l'exception d'un autel au centre et des nombreux servants divins qui l'entouraient. Avant de pousser mon examen plus avant, je posais une main sur l'épaule de la prêtresse et la forçais à se cacher derrière la rambarde. Cette fois seule l'horreur se lisait sur son visage, et je compris bien vite pourquoi quand je relevais prudemment la tête. Sur l'autel était allongée la mère de Nessa, immobilisée par des chaînes et le corps agité de spasmes d'agonie. Dans son ventre, ouvert depuis ses hanches jusqu'à ses premières côtes, un ours prélevait un à un ses organes avant de les confier à ses voisins. Ceux-ci les emportaient dans une galerie voisine en une lente procession. Je remarquais qu'une fois encore, aucune main ni aucun doigt ne dépassait de ses manches tachées de sang, qui semblaient s'enrouler seules autour des lames d'un métal fin grâce auxquelles le servant séparait les organes du reste du corps. A côté de moi, Nessa luttait difficilement pour ne pas vomir. De mon côté, il me fallut réunir toute la force de ma volonté pour ne pas descendre et livrer un combat perdu d'avance dans le seul but de mettre fin à ce spectacle macabre.

Celui-ci ne faisait cependant que commencer. Quand le boucher eut fini son œuvre, ne laissant qu'un vide béant dans le torse de sa victime, un autre des serviteurs divins lui tendit une aiguille grâce à laquelle il referma l'ouverture qu'il avait lui-même pratiqué. La vieille prêtresse avait depuis longtemps cessé de se débattre, elle semblait même avoir épuisé ses larmes, et son corps mort n'était plus agité que par une respiration inutile et impossible. Je devinais d'ici sa résignation, son abandon, et me demandais si la douleur ne l'avait pas poussée aux portes de la démence. Même alors que ses bourreaux la libéraient de ses chaînes, elle ne fit pas le moindre geste pour s'enfuir. Et comme ils poursuivaient leur œuvre, entourant désormais chaque partie de son corps de bandelettes imbibées de ce que je devinais être de l'huile, elle les laissa faire sans réagir. Bientôt elle fut entièrement recouverte de plusieurs épaisseurs d'un tissu brun qui épousait parfaitement ses formes, chaque doigt séparé des autres et encore libre de bouger. Seule sa tête n'avait pas été couverte, offrant l'image de son visage figé et de son regard vide à tous. A mes côtés sa fille avait depuis longtemps cédé, et de nouvelles larmes venaient remplacer les anciennes. Je l'empêchais de regarder quand vint l'étape suivante. Seuls restaient désormais dans la pièce cinq masques d'ours, la plupart ayant disparu avec les organes, qui tous étaient occupés à maintenir en place la sacrifiée sur leur autel. Un sixième apparut alors, manipulant grâce à deux paires de tenailles un masque de métal identique à celui qu'ils portaient tous. Je devinais aisément la suite, mais ne pus retenir un hoquet horrifié quand il s'arrêta à hauteur d'un brasero. Il y plongea le masque pour le porter à blanc avant de se retourner vers la morte et de le déposer sur son visage. L'odeur de chair brûlée se joint aussitôt à celle du sang et cette fois elle réagit, s'arquant terriblement en poussant un hurlement qui, bien qu'étouffé par le masque, restait déchirant. Nessa ne put le supporter, ses sanglots redoublant tandis qu'elle plaquait les mains contre ses oreilles pour tenter de fuir la plainte assourdissante.

Il me semblait qu'une éternité s'était écoulée quand finalement le silence revint. La morte se laissa retomber sur l'autel quand son cri s’éteignit, immobile à nouveau. Deux ours la prirent par les bras et la forcèrent à se relever tandis qu'un troisième dépliait un carré de tissu qui était jusque là posé au pied du bloc de pierre. Il s'agissait d'une toge ample, et quand ils l'eurent forcée à l'enfiler, plus rien ne la distinguait des autres masques d'ours. Ils l'emportèrent alors dans un couloir, laissant derrière eux une salle vide empestant le sang et la mort. Nessa voulut se lancer à leur suite sans attendre, mais je la retins un instant. Elle me lança un regard empli d'une rage que je ne lui connaissais pas, les yeux encore rouges d'avoir trop pleuré, mais s'immobilisa malgré tout. De mon côté je posais mon sac au sol et en tirais mon épée. Elle serait d'un maigre secours si la situation tournait mal, bien moins pratique qu'une lame d'acier comme celles auxquelles j'étais habituée, mais son poids dans ma main avait quelque chose de rassurant. Je serrais mes doigts sur la poignée, inspirais longuement, puis pris la tête et m'engouffrais dans le tunnel, Nessa derrière moi. Ce couloir-ci était bien mieux éclairé que ceux que nous avions traversé jusqu’alors, des feux dispersant toute trace de ténèbres. Si un des masques d'ours avait seulement lancé un regard dans notre direction, nous n'aurions rien pu faire pour nous cacher. Par chance cela n'arriva pas et nous purent atteindre le bout de la galerie sans encombre, juste à temps pour voir les masques d'ours traîner leur fardeau dans une grande salle mal éclairée. Mon amie voulut s'élancer, bondir sur eux tant qu'ils ne nous avaient pas vues, mais je la retins une fois encore. Sans doute ne pensait-elle qu'à sauver sa mère, mais j'étais plus concernée par notre propre sécurité et préférais une approche plus discrète, couvrant les derniers mètres accroupie et sans le moindre bruit.

Nous débouchâmes sur une pièce immense, plus encore que je l'aurais cru, si vaste que je n'en voyais ni le bout ni le sommet. Tout juste pouvais-je deviner qu'elle était ronde, et je soupçonnai rapidement qu'elle s'étendait dans tout le cercle intérieur. Les bords étaient couverts de balcons, à la fois bien plus larges que celui que nous venions de quitter et bien plus remplis. Sur certains étaient installés des enclumes sur lesquelles des masques d'ours frappaient le métal, forgeant masques, grilles ou outils. A nos pieds s'étendait un trou dont nous ne pouvions voir le fond, empli de ces mêmes balcons, d'où montait le vacarme incessant des pioches. Des silhouettes par centaines y descendaient, emportant de quoi creuser la roche, ou remontaient leur butin de métal pour l'apporter aux forges. Mais malgré ce spectacle le plus impressionnant se trouvait au centre du puits, face à nous. Maintenu dans les airs par d'innombrables chaînes enroulées tout autour de son corps se tenait un être immense, une masse immobile et presque sereine. Sa silhouette était semblable à celle d'un ours, son corps immense était couvert de poils gris auxquels se mêlaient les branches épaisses de plantes qui semblaient pousser sous sa peau. Ses huit pattes massives étaient figées, piégées et enchaînées aux balcons. Seul les sept yeux ornant son front se mouvaient encore, promenant leur regard éteint sur le va-et-vient incessant des morts autour de lui, et prouvaient qu'il n'était pas inconscient. Même les mâchoires de ses deux gueules, écumantes et pleines de crocs semblables à des faux, pendaient mollement sans même frémir ou faire mine de vouloir se fermer. Encore agenouillée à l'extrémité d'une des nombreuses galeries quittant ce lieu, je ne pus contenir mon incrédulité. Cette créature, aussi ignoble que magnifique, n'était semblable à rien de ce que j'avais vu jusqu'à ce jour. Aussi impossible que cela me paraisse, elle ne pouvait être que…

- Un dieu de l'ancien temps, murmurais-je. Le dernier de son espèce.

Absorbée par la contemplation, je ne réalisais pas tout de suite que tout son corps était mutilé. Entre les poils de son ventre je devinais d'anciennes cicatrices réduites à de fines lignes blanches mêlées à des plaies plus récentes, encore boursouflées et rouges. Sur notre gauche, en contrebas, plusieurs de ses bourreaux étaient occupés à le lacérer plus encore, découpant précieusement des morceaux de chair d'un des membres inerte emprisonné à leur portée pour les entreposer un à un sur un plat d'argent et recueillant le sang qui coulait dans des amphores de fer. D'autres plus haut prélevaient de larges bandes de peau d'où ils grattaient toute trace de sang et de chair jusqu'à obtenir un cuir épais, ou tissaient la toison prélevée de ses bras pour en faire un tissu fin et robuste, d'autres encore taillaient leur chemin jusqu'à des os semblables à de la pierre et en arrachaient de larges portions ou abattaient les branches qui l'enveloppaient et les taillaient en planches droites. Tous rassemblaient le fruits de ces mutilations, l'emportant loin de notre vue vers une destination que je devinais trop bien. L'horreur de la situation me fit presque oublier ce qui avait mené nos pas aussi profondément, mais ma compagne me le rappela, agrippant mon épaule et pointant de son autre main vers des silhouettes devant nous. Deux masques d'ours, toujours occupés à en traîner un troisième, qui avançaient le long d'un ponton d'os et s'approchaient du dieu captif. Cette fois elle ne tenta pas de les rattraper, restant derrière moi et observant, mais je sentis tout de même sa poigne se raidir et ses ongles s'enfoncer à travers le tissu.

Ils apportèrent leur nouvelle semblable jusqu'au corps du dieu, légèrement sous lui. Là, ils empoignèrent sa tête, forçant la mâchoire à s'ouvrir puis les crocs à se planter profondément dans son corps. Le sang coula à torrents, poissant les poils, couvrant son visage de métal et dégoulinant dans sa bouche comme ses yeux. Elle fit d'abord mine de résister, de s'étrangler, puis ses spasmes d'agonie laissèrent place à des déglutition alors qu'elle buvait le liquide épais, incapable de faire autrement. Bientôt le sang avait coulé jusqu'au tissu de sa toge, l'imbibant et le teintant de rouge jusqu'à la poitrine, alors qu'elle continuait à boire. Ni Nessa ni moi ne pouvions en détourner le regard désormais, elle horrifiée et moi fascinée, à tel point que nous n'entendirent que trop tard les pas feutrés dans notre dos. Nessa poussa un cri de surprise et de douleur. Je me retournais d'un geste et vit qu'un des masques d'ours s'était approché et, au lieu de hurler pour signaler notre présence, mordait désormais l'épaule de mon amie de toutes ses forces. Sans prendre le temps d'y penser je frappais, mais ma lame de pierre ripa contre son masque de métal et il ne lâcha pas prise, se relevant et forçant sa proie à faire de même. Lâchant un grognement je réarmais mon bras, me lançant cette fois dans une pirouette qui me mena derrière l'ours et me permit de le frapper sur le côté de la gorge, ouvrant la moitié de son cou. Pas une goutte de sang ne gicla, mais le choc sembla le sonner. Il ouvrit la gueule et fit un pas en arrière en titubant. Je ne lui laissais pas le temps de se ressaisir et achevais de le décapiter d'un geste sec. Il était cependant déjà trop tard. D'un regard je vis que tous les ours du puits étaient tournés vers nous désormais. Certains nous ignorèrent, d'autres bondirent de balcons en balcons pour venir à notre rencontre, d'autres enfin s'élancèrent dans les tunnels pour ressurgir presque aussitôt dans celui que nous occupions. En un instant nous furent complètement encerclées.

Le premier mort bondit directement sur moi, gueule en avant. Je détournais aisément son attaque maladroite puis, alors qu'il terminait sa course en percutant un mur, abattis ma lame dans son dos et l'enfonçais à travers son torse. La blessure normalement mortelle ne parut pas le déranger, et il se redressa presque aussitôt pour frapper à nouveau. Un de ses semblables voulut s'emparer de Nessa, mais je brisais ses poignets et arrachais ses mains d'un geste avant de le repousser d'un coup de pied au ventre. Bien vite il fut évident que, si certains des morts avaient été des soldats, aucun n'était un guerrier. Même leur nombre ne suffisait à me mettre en danger alors que je les repoussais, l'un après l'autre, encore et encore, récoltant à peine quelques écorchures. Mais si je parvenais à me défendre sans mal, ce n'était pas le cas de mon amie qui elle luttait, son corps se couvrant peu à peu de plaies plus sérieuses alors qu'elle tentait d'échapper à la horde de défunts. Pour la mettre en sécurité je finis par l'empoigner par l'épaule et l’entraîner à l'intérieur de la salle, cherchant une position plus propice à la défense. Comme je progressais sur les balcons, suivant les ponts en os en jouant de la lame, je la sentis plusieurs fois m'échapper et à chaque fois je repoussais celui qui tentait de l'emporter. De nombreux ours furent poussés dans le vide, d'autres tailladés trop sévèrement pour pouvoir nous attaquer encore. Je finis par briser mon épée de pierre sur un masque et arrachais une pioche des mains d'un assaillant pour la remplacer. Malgré le chaos qui nous entourait les masques d'ours restaient parfaitement silencieux, ne poussant pas même un cri quand ils chutaient ou quand j'enfonçais la pique de métal dans leurs chairs. Aussi, je sursautais quand Nessa poussa un cri et la laissais fuir avant d'avoir compris ce qu'elle faisait. Je me retournais, enfonçant la pointe de mon arme dans l'épaule d'un mort et le retournant dans le même geste avant de le tirer vers l'abîme. Derrière moi mon amie s'était éloignée d'elle-même, se jetant au chevet d'un ours à la tunique rougie qui convulsait au pied du dieu dans une flaque de sang, toussant et crachant sans un bruit. Je me frayais un chemin jusqu'à elle à temps pour percuter un autre revenant et le précipiter dans le vide.

Elle serrait contre elle le corps de celle qui avait été sa mère, désormais rien de plus qu'un masque d'ours comme les autres. La morte sembla se calmer peu à peu à son contact, ses frissons étant de plus en plus espacés et de moins en moins violents. Elle finit même par ne plus bouger, parfaitement immobile alors que sa fille caressait ses cheveux poissés de sang en murmurant à son oreille. L'ancienne prêtresse finit par lever le regard sur le visage souriant qui la surplombait, sur ces yeux rouges qui pourtant ne pleuraient plus. Sa manche se leva, révélant des doigts entièrement couverts de bandages qui caressèrent lentement la joue de la jeune femme. Elle vint y entrelacer les siens, serrant la main de sa mère dans la sienne. Je ne pouvais entendre ce qu'elle lui dit, pas plus que je ne pouvais voir l'expression qui se dessinait sous le masque. J'étais trop occupée à repousser les revenants qui continuaient à attaquer, de moins en moins nombreux car la plupart se tenait désormais à distance sans oser approcher. Je le devinais aisément, cependant. Brandissant une fois encore ma pioche, je fracassais le bras d'un dernier adversaire avant de le faire basculer dans le vide. Puis comme aucun de ceux qui restaient n'osait approcher, je fis quelques pas et agitais mon arme.

- Est-ce tout, ais-je hurlé à leur attention. Aucun de vous ne veut-il tenter sa chance ? Aucun de vous ne croit-il pouvoir faire mieux que se prédécesseurs ?

Je balayais les balcons avec un regard de défi. La plupart de ceux qui étaient tombés commençaient à revenir, les membres brisés et tordus. Tous avaient perdu leur esprit combatif, et tous détournèrent le visage face à mes provocations. Il fallut du temps pour que le feu dans mes veines, rallumé par l'horreur et attisé par la violence, ne daigne s'éteindre à nouveau. Je me tournais alors vers le dieu captif, si proche qu'un pas m'aurait suffi à le toucher. Il était magnifique. Une force de la nature, incarnation de la puissance tranquille du temps qui passe et de la vie qui s'écoule. Et pourtant il était prisonnier, enchaîne, torturé et exploité. Si la moitié des légendes qu'on racontait sur les anciens dieux étaient vraies, alors il aurait pu sans mal se libérer et se venger de ses tortionnaires, pourtant il restait immobile et subissait en silence. Je m'approchais et portais la main vers un des immenses maillons de métal qui ensemble l'enserraient. Sa surface était irrégulière couverte de stries et de symboles. En comprendre le sens m'était impossible, mais leur signification était elle évidente. Un sort était gravé dans ces chaînes, la seule force à jamais avoir pu défier un dieu. Quelque part devait se trouver le centre de l'enchantement, le cercle de pouvoir qui alimentait la chaîne en énergie et lui conférait sa force. Après un instant je pris ma décision. Si un dieu captif suffisait à alimenter la cité à hauteur de ses besoins, un dieu libre ne pouvait que l'aider à prospérer. Saisissant le maillon j'y pris appui pour me propulser plus haut vers une autre chaîne qui barrait son ventre. La pioche encore à la main, je m'en servis de crochet pour atteindre une nouvelle prise trop haute pour moi et escaladais la silhouette gigantesque. A chaque geste je sentais le sort crépiter sous mes doigts, essayant de m'asphyxier et de me voler ma force comme il le faisait avec son captif. Par moment je lançais des regards aux masques d'ours, tous tournés vers moi, mais aucun ne bougea alors que j'atteignais la tête du dieu. Comme je m'y attendais, son front était ceint d'un disque de pierre gravé. Je ne pouvais le voir mais c'était de lui que coulait la magie, se répandant dans les entraves comme de l'eau dévalant le lit d'un fleuve. Les yeux du prisonnier me fixaient désormais, et je crus y lire une supplique muette. Alors je levais mon arme et l’abatis de toutes mes forces sur le lien qui enserrait sa tête, frappant le métal contre la pierre, encore et encore, de plus en plus vite. Le bruit des chocs emplissait l'air, résonnant à l'infini comme je poursuivais sans m'arrêter. Chaque coup m'épuisait un peu plus, drainant mes forces dans la pierre. La pique finit par se déformer, se tordre, les chocs se répercutaient à travers mes bras jusqu'à mes épaules fatiguées par le combat. Pourtant je tins bon. Le cercle se fracturait peu à peu, la pierre affaiblie était prête à céder. Pourtant alors même qu'elle était fendue elle refusait de se briser. Dans un grognement rageur je lançais les restes de mon arme au loin et saisis directement la roche, agenouillée sur le crâne du géant. Et hurlant de toutes mes forces je tirais, forçais, aggravant les fissures et les changeant en failles. J'étais épuisée, l'effort m'arrachais des larmes, mes mains écorchées par les sortilèges saignaient abondamment, plusieurs fois je crus que mes poignets ou mes épaules allaient se déboîter ou simplement se briser. Pourtant je refusais d'abandonner, et finalement la roche céda. La pierre brisée se sépara des maillons de métal dans un raclement strident, puis les deux moitiés de la chaîne se séparèrent et tombèrent dans un fracas cliquetant, chacune de leur côté. A bout de forces, toute la tension retombée, je glissais en avant et basculais dans le vide.
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Lycan bionique

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Caitlin Millar
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MessageSujet: Re: Caitlin Millar   Dim 20 Sep - 20:57

Cinquième et dernière partie !

Citation :
Je crus que seule m'attendrait la douleur de mes os fracassés quand je toucherais finalement le sol, mais quelque chose amortit ma chute. Malgré tout sonnée par le choc, je tournais la tête et découvris une des pattes d'ours gigantesques, sa fourrure dense et drue comme une meule de paille qui aurait absorbé le choc. Lentement, un à un, tous ses membres s'arrachèrent à leurs fers, brisant le métal et arrachant la roche. Tout autour, les masques de métal avaient cédé à la panique et courraient en tous sens quand ils n'essayaient pas simplement de fuir. Une tentative vaine car en un instant, les galeries furent obstruées par des racines épaisses et innombrables. Mon regard se promena sur le spectacle mais j'étais trop fatiguée pour encore me sentir concernée. Le sort avait drainé toute mon énergie, tout juste pouvais-je me maintenir consciente. A l'écart de la cohue, immobile depuis que je l'avais quittée, Nessa tenait toujours sa mère entre ses bras. Elle la berçait, la cajolait, lui murmurait des mots que je ne pouvais comprendre. Je pouvais à peine voir ses lèvres bouger. Ses yeux rouges et humides, en revanche, je les voyais. Délicatement, la patte gigantesque me déposa à ses côtés. Je tentais de rester droite, debout sur mes jambes, mais elles se dérobèrent et je tombais à genoux. Alors une voix s'éleva, comme un grondement monté des profondeurs de la terre.

- Aujourd'hui prend fin ma servitude, humains. Je pars à jamais, loin de vous et de vos maléfices. Ces terres ne sont plus faites pour accueillir un dieu.

Le visage bestial n'avait pas bougé, nulle doute pourtant qu'il avait prononcé ces mots. Ses membres griffus vinrent se planter dans les parois du puits, le maintenant en place au-dessus du vide. Puis ils s'agitèrent, un à un, l'élevant jusqu'au plafond. Il comptait réellement s'enfuir. Sous sa silhouette démesurée, la mère de Nessa passait une main couverte de bandages dans les cheveux de sa fille. Sans trop comprendre ce qui me poussait encore, ni d'où je tirais mon énergie, je hurlais de toutes mes forces.

- Attends !

Un membre griffu s'apprêtait alors à défoncer le toit, armé et prêt à frapper, mais il s'immobilisa. Les yeux du dieu parcoururent du regard la foule des masques de fer, cherchant celui qui avait osé parler, mais ne me trouvèrent pas. Je me décidais alors à poursuivre.

- Tu ne peux pas t'enfuir ! Les habitants de cette ville ont besoin de toi !

Il finit par me trouver. Tout son corps se tourna dans ma direction, et ses griffes le firent descendre de quelques mètres. Des branches surgirent de la roche pour soutenir son poids alors qu'il me fixait, immobile.

- Si tu pars, ils mourront tous de faim ou de soif. Il seront condamnés à devenir des revenants comme ceux qui t'ont torturé pendant des générations. Si tu les abandonnes, tu les condamnes ! Tu ne peux pas faire ça ! Je ne t'ai pas libéré pour que tu tournes le dos à ceux qui croient encore en toi !

Ses yeux me fixaient intensément, mais j'étais trop fatiguée pour me sentir mal à l'aise. Il sembla réfléchir longuement avant de se décider à parler, ses deux gueules s'animant de concert pour prononcer des mots différents.

- Ta parole est sage, étrangère. Tes mots sont vides de sens, intruse ! Mais si nous restons, les hommes nous feront esclave à nouveau. Nous ne devons rien à ces mortels pleins d'arrogance ! Les humains ne pensent qu'à eux, qu'à survivre. Les hommes sont destructeurs, avides de sang ! Dis-nous pourquoi nous devrions rester. Dis-nous pourquoi nous ne les fuirions pas !

- Vous pouvez tout recommencer, rebâtir votre lien avec la ville. Vous êtes un dieu ! Offrez-leurs des champs, des arbres et des fruits, apprenez à vivre autrement qu'en parasites, survivant et se développant à vos dépends ! Soyez présents pour les surveiller, les guider, et les punir en cas de faute ! Faites ce que faisaient les dieux autrefois ! Vous deviez bien y trouver votre compte, non ? Pourquoi ne pas recommencer ?

La bête titanesque hocha faiblement la tête puis se redressa.

- Soit, humaine. Qu'il en soit ainsi ! Nous ferons selon ton souhait. Nous nous plions à ta volonté ! Puisse tes semblables te donner raison à l'avenir, bien que j'en doute fortement. Mais si les hommes nous trompe à nouveau, plus rien ne nous retiendra ! Il est dans leur nature de vouloir contrôler ce qui les dépasse, et ils essaierons à nouveau. Nous les balaieront et quitterons pour de bon cet endroit qui nous a causé tant de souffrances ! C'est inévitable. Soyez prévenue !

Puis son torse enfla, comme s'il inspirait profondément, et ses gueules s'ouvrirent. Un hurlement assourdissant emplit l'espace, résonnant à travers le gouffre au point d'en faire trembler la roche. Les masques de fer se plaquèrent les mains sur les oreilles avant de s'effondrer un à un. Entre les bras de mon amie sa mère s'arqua, son corps agité de spasmes comme sous l'effet d'une douleur intense. Puis il s'immobilisa complètement et retomba, ses bras pendant désormais mollement sur le sol. Nessa hurla, serrant le cadavre à présent sans vie entre ses bras, et ses sanglots redoublèrent. Quand à moi je me demandais seulement pourquoi j'étais encore consciente alors que les autres morts avaient enfin eu le droit de retourner au néant. Je sentis alors quelque chose me toucher la tempe. Bien qu'incapable de regarder ce dont il s'agissait, je le devinais aisément. Une griffe gigantesque, posée sur moi comme la lame du bourreau. Et pourtant elle ne s'abattit pas. Au contraire, une douce chaleur s'en écoula dans mon corps. Je sentis mes forces me revenir peu à peu, jusqu'à être complètement remise. Mon bras meurtri tout particulièrement cessa de me faire souffrir. Puis la griffe se retira et ses deux gueules s'animèrent une dernière fois.

- Reçoit cette bénédiction comme le gage de notre reconnaissance. Considère cette malédiction comme le prix de ton arrogance ! C'est à toi seule que nous devons d'avoir retrouvé la liberté. Nul mortel ne peut dicter ainsi sa conduite à un dieu ! En échange nous t'offrons l'éternité pour terminer ton voyage. En punition, nous te condamnons à une éternité de solitude ! Puisse-tu retourner parmi les tiens et accomplir ce destin dont on t'a séparée. Subit le chagrin de ceux qui voient ce qu'ils aiment flétrir et mourir, encore et encore ! Et quand il sera enfin accompli, reviens à nous pour recevoir le droit à l'oubli. Et quand tu voudras demander pardon, reviens à nous pour être libérée de ton calvaire.

Et il reprit son ascension, atteignant le sommet en quelques instants. D'un geste de sa patte démesurée il fracassa la roche. Aussitôt la lumière blafarde de la nuit enroba son pelage mêlé de branches, l'illuminant de reflets argentés. Il s'éleva à travers le trou, surgissant au cœur du cercle intérieur de la cité sous le regard médusé des habitants qui, réveillés par le hurlement, étaient tous sortis de chez eux en pleine nuit. Lentement, un mouvement après l'autre, il posa pied dans les rues de la ville et se dirigea vers le désert, enjambant les maisons sans paraître les remarquer. Derrière lui se formait une traînée végétale, des herbes et buissons jaillissant du sol sous ses pattes à chaque fois qu'il les posait. Les habitants s'étaient assemblés en une foule compact, tous découvrant des plantes sauvages pour la première fois de leur existence. Pas un seul curieux ne voulut regarder d'où il venait. Ils n'y auraient rien trouvé qu'ils puissent avoir envie de voir. Seulement des chaînes, des cadavres, et les restes d'un temps désormais révolu.

L'ours atteignit finalement les hauts murs d'enceinte. Il dut se redresser pour poser une patte sur leur sommet, puis une seconde. Déployant une force titanesque il se souleva du sol, venant se percher sur l'étroite ligne de pierre. De là il contempla un instant le vide sans fin du désert. En dessous les habitants attendaient que s'ouvrent les portes, ignorant que personne ne pouvait plus venir les actionner pour eux. D'un geste le colosse ouvrit une faille dans le mur, fracassant la pierre et dispersant des gravas dans la poussière blanche. Au dehors les plaintes s'étaient tues et seul restait un silence pesant. Des centaines de regards pesaient sur la bête, tous attendant de voir ce qu'elle ferait. Certains craignaient qu'elle s'en aille, les abandonnant à leur sort et l'appréhension se répandit comme un poison, éteignant une à une les voix des humains. Finalement le dieu se laissa tomber par delà la muraille, sa masse heurtant le sol dans un bruit sourd et pesant. Aussitôt la végétation naquit autour de lui. D’abord de l'herbe, puis des buissons et des arbrisseaux, enfin une véritable forêt recouvrit la plaine. Alors le colosse se tourna vers la foule qui se répandait prudemment entre les arbres.

- Il est temps pour cet endroit de changer. Une nouvelle ère commence dès aujourd'hui ! Et vos vies devront s'adapter elles aussi. Mais je serais là pour vous y préparer !

Je n'assistais cependant pas à la scène. Alors que le dieu-ours marchait encore d'un pas lent dans les rues j'avais attrapé mon sac, saisis une torche, et avais pris la fuite par mon propre chemin. Les souterrains courraient plus loin que les hautes murailles, et l'un d'eux m'avait conduite hors de la ville. Je n'avais pas beaucoup d'avance, et bien vite la forêt m'avait rattrapée, mais cela ne m'importait plus. Le ciel s'était enfin dégagé avec la fin de la malédiction, et je pouvais profiter des étoiles pour m'orienter. Peu m'importait le temps que cela prendrait, j'allais revenir chez moi. Alors que je réfléchissais à ce qu'il me faudrait faire une fois arrivée, des bruits derrière moi attirèrent mon attention. Je m'immobilisais et me retournais.

- Je suis désolée de ne pas t'avoir dit adieu, mais tu n'aurais pas du me suivre aussi loin. Tu pourrais ne plus retrouver ton chemin.

Nessa apparut entre deux buissons, marchant à pas rapides dans ma direction. Elle ne portait toujours que sa chemise, et un masque de métal couvert de sang était coincé sous le bras. Même s'il portait encore les marques de trop nombreuses larmes, son visage était illuminé par un sourire.

- Peu importe. Je ne retourne pas en arrière. J'ai envie de découvrir ce monde d'où tu viens.

Je ne pus m'empêcher de lui rendre son sourire et tendis un bras autour duquel elle vint enrouler le sien, puis nous reprîmes notre route à travers les arbres.

Voilà ! J'espère que vous avez aimé !
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